Voici un texte écrit par unE copinE UEEHiene...
Son point de vue (qui n'est donc pas le mien...) est ici bien expliqué et si on n'est pas d'accord, on a au moins de ma matière pour réfléchir...
Mon très cher Bart, je t'embrasse!
Les universités d’été euroméditerranéennes des homosexualités (UEEH) : du rêve merveilleux au réveil brutal…
Voici un témoignage, donc une interprétation de la réalité en fonction de ma sensibilité propre et de ma capacité à mémoriser : ce récit ne prétend donc pas être la vérité absolue. Merci à zelink pour cet espace discussion !
Si je devais résumer les UEEH, voci ce que je dirais.
Commençons par le plus important, le meilleur, les calins…
UEEH câlines
Aux UEEH, le « calinodrome » peut aider à faire des câlins. Là, les participant-e-s peuvent donner ou recevoir un massage ou tout autre câlin non sexuel (chacun-e pouvant faire du sexe dans d’autres contextes, notamment son espace privé (chambre), s’il ou elle le souhaite).
C’est donc un lieu agréablement alternatif à certains lieux de rencontre gay notamment (où l’acte sexuel prime) ainsi qu’à un quotidien où il peut être difficile de toucher nos corps les un-e-s les autres, en dehors d’une relation conjugale ou thérapeutique.
UEEH magnifiques
Les UEEH se déroulent dans un site arboré, principalement piétonnier, près d’une superbe calanque.
UEEH santé
Des ateliers d’activités physiques ou sportives sont proposés.
La fourniture de préservatifs, gel, et autres dispositifs de prévention, est largement assurée.
La multitude d’expériences à vivre fait oublier l’ordinateur, la TV et tous ces appareils chronophages et qui usent les yeux. En revanche les soirées ne sont pas complètement alternatives relativement à l’alcool : l’alcool autorisé par la licence 2 (donc pas d’alcools purs) est présent, en moyenne, bien autant que dans n’importe quel bar.
Les boissons sans alcool étaient bio et deux à trois fois moins chères que le vin ou la bière, un vrai délice, une heureuse initiative à mon goût !
UEEH transformistes
Que vous veniez avec vos vêtements, ou que vous les empruntiez à la « fringotèque », vous pourrez changer d’apparence au cours d’une soirée si vous le souhaitez. Trans, hommes poilus à robe, femmes changées en homme, que ce soit par fantaisie, revendication politique sur le genre, ou tout simplement pour changer, c’est possible, et dans toutes les nuances du masculin et du féminin (vous pouvez aussi être un homme habillé virilement ou une femme fémininement) : personne n’est là pour juger personne, c’est appréciable et contribue à une bonne ambiance lors des soirées festives.
UEEH entre information et bourrage de crâne
Je n’ai assisté qu’à un seul atelier… il est représentatif d’une partie de la mentalité dominante en place. Il s’intitulait « société pro-viol, notion de consentement ».
J’aurais pu apprécier une confrontation d’idées, s’il y avait réellement une écoute, un dialogue possible, mais nous étions un peu moins de personnes modérées à nous exprimer que de personnes radicales et il semblait sans effet de rappeler quelques notions de bon sens…
J’ai appris des choses (par exemple qu’une des chansons les plus dédicacées sur une radio grand public est une incitation implicite au viol, puisqu’elle narre l’amour fou (voire physique) d’un homme pour une femme, qu’elle le veuille ou non…).
J’ai remarqué certaines idées plus paradoxales : « si une victime se sent violée, il ne faut pas écouter celui qu’elle désigne agresseur, il faut le condamner immédiatement. (…) Le viol ne se réduit pas à une pénétration, même toucher les cheveux peut être un viol si ce n’est pas consenti… ». Ces idées auraient pu être d’intéressants supports de débats, mais le ton était à l’affirmation, à imposer des concepts, à ne surtout rien remettre en question.
(Est-ce que je risque la peine de mort si je frole par mégarde les cheveux d’une fille radicale aux UEEH ?)
L’idée dominante de l’atelier semblait revancharde : comme si embrocher le premier homme qu’une femme désignerait comme violeur serait nécessairement justice, comme si ça allait venger toutes les femmes victimes n’ayant pas eu gain de cause jusqu’à ce jour.
Des participant-e-s étaient à la fois contre la société et sa soi-disant justice, et à la fois pour une très forte répression (du moment qu’il cessait de protéger les hommes violeurs). Je comprend que l’on veuille changer notre société, mais cela ne devrait pas empêcher de se remettre en question soi-même (à bon entendeur…)
A côté de cela, il y a des ateliers informant de la situation des personnes LGBT dans différents pays du monde, des documentaires historiques projetés, et une foule d’informations proposées. Même si j’estime que la qualité de contenu des ateliers est en déclin par rapport à il y a 6, 7 et 8 ans auparavant, il demeure des ateliers passionnants, source de réflexion et/ou de savoirs.
UEEH sexistes
Il n’est pas de bon ton d’être anti sexiste (c'est-à-dire de refuser le sexisme, dans un sens ou dans l’autre). Les filles, qui soutiennent les garçons qui ont été agressés par des femmes, sont parfois nommées traitresses ; les hommes qui ne s’affichant pas féministes radicaux sont facilement considérés comme des agresseurs potentiels.
Il est de bon ton d’être féministe radical. En quoi cela consiste-t-il ?
Plutôt qu’un discours, quelques anecdotes : si des femmes bousculent des gens, sont provocatrices ou irrespectueuses, (ce qui s’est déjà produit, notamment déjà bien avant 2008, et le plus souvent à des heures où l’alcool a déjà commencé à couler) c’est considéré comme totalement acceptable par les féministes sous prétexte qu’au quotidien, dans la société civile, les femmes sont opprimées (considération sociologique sur laquelle tout le monde est d’accord). Donc aux UEEH les femmes auraient le droit de tout bousculer et les garçons auraient le devoir de ne pas s’en plaindre. Charmant…
C’est d’autant plus stupide que la majorité des garçons venant aux UEEH sont sensibilisés au problème du sexisme et ouvert d’esprit pour accepter de réfléchir plus loin encore. C’est mon cas. En revanche, se sentir agressé n’aide en rien. Ça renforce des positionnements de repli. Les UEEH ne m’ont pas rendu sexiste, car aussi bien aux UEEH que de retour parmi mes ami-e-s, j’ai pu vérifier qu’il existe bien des filles et garçons qui ne passent pas leur temps à méditer comment attaquer « l’autre camp ». Merci les antisexistes !
UEEH davantage violentes moralement que physiquement
« L’événement » 2008 (2 jours avant la fin, dans la nuit, l’alcool n’ayant rien arrangé) : des filles et des garçons se bousculent (dont : tentative d’immobilisation d’une fille par un garçon par le bras, perçu comme une tentative d’étranglement par la fille qui mord pour se dégager. Insultes dans les deux sens. Dispute autour de la sonorisation, par désaccord sur l’ordre de passage des « dj ». Impossible de savoir la vérité : les récits des deux parties sont contradictoires et ne permettent pas de savoir qui a été physiquement violent en premier. Les deux parties se sont senties agressées.
Au matin, les filles demandent l’exclusion des garçons, refusent toute médiation, et déclarent qu’elles partiront si les garçons impliqués ne sont pas exclus immédiatement. (NDLR. Refuser toute médiation, c’est présiément refuser un outil de règlement pacifique d’un conflit).
Après une longue réunion le lendemain après-midi (au réveil, donc), le CA (légalement autorisé à statuer) soumet à l’AG quotidienne de 17h la problématique. Pendant deux heures c’est donc une distribution de la parole à tou-te-s (tour de parole très rigoureusement organisé et minuté). Des participant-e-s, vont défiler pour dire, en substance : ( résumé des 2 principales positions et d’une troisième minoritaire)
1. qu’il faudrait que les garçons comprennent ce que leur acte a d’insupportable et décident eux-mêmes de s’en aller, parce que sinon ce sont les filles qui vont partir d’elles-mêmes, et politiquement, les UEEH doivent rester féministes et ne peuvent tolérer le départ des filles agressées.
2. Que l’exclusion est le dernier recours à envisager, qu’elle est impossible ici en l’absence d’un récit chronologique qui ferait consensus, qu’il faut instaurer un dialogue non violent (voire éducatif), et résoudre plus généralement le problème des violences aux UEEH et celui du sexisme.
3. Si quelqu’un doit être exclu, que ce soient les deux garçons ET les deux filles concerné-e-s par les actes physiquement violents.
A la fin, les organisateur-trice-s ont conclu qu’il n’y avait pas de consensus, donc pas de décision prise en AG. Ceci étant dit, la pression et les accusations proférées contre les garçons a été telle, durant deux heures, que ces derniers ont quitté l’AG, écœurés (puis on a quitté les UEEH le lendemain). (Quand aux deux filles, elles n’étaient pas venues, elles avaient confié leur témoignage par écrit à des copines. (Témoignage comportant au moins une forte imprécision avérée : il rapportait un fait datant de 2 jours auparavant comme s’il s’était produit ce soir là)).
(Pour anecdote, mon intervention, autant que je m’en souvienne, compte tenu de la charge émotionnelle d’intervenir au micro dans un tel contexte, a consisté en :
_signifier le côté humainement irrespectueux de l’instrumentalisation de ces deux garçons pour une cause politique,
_ que certain-e-s membres du conseil d’administration semblent détester le mot capitalisation, au point de ne rien faire pour « capitaliser » les astuces issues des années précédentes. Donc, sous prétexte d’auto-gestion, beaucoup de temps est gaspillé au redémarrage ; ainsi que la fausse soi-disant démocratie autogestionnaire proposée par le CA : par conséquent ma mise en grève de toutes les tâches restant à faire. (Constat que l’AG n’a pas vraiment le pouvoir, juste une illusion d’autogestion lorsqu’elle abonde dans le sens que prévoyaient les « grandes gueules »).
_mon refus que quiquonque soit exclu (ce qui serait un échec collectif),
_la possibilité d’inventer d’autres solutions que de soit exclure les garçons soit considérer qu’on exclut les filles de fait (ne pas céder au chantage).
Bien qu’absent au moment des faits, bien que n’approuvant pas les violences commises par les un-e-s et les autres, bien que neutre vis-à-vis des garçons impliqués (on s’était juste croisés dans les couloirs), je suis parti aussi pour marquer mon désaccord. Je suis parti peiné et dégouté de la manière avec laquelle l’AG a réussi à obtenir une exclusion de fait, par harcèlement verbal, sans même procéder à un vote (lequel aurait au moins eu le mérite d’obliger chacun-e à assumer une position et de cesser l’hypocrisie de « je ne vous exclue pas, je souhaite que vous partiez de vous-même »). Je suis également parti de devant le constat de notre impuissance, nous qui avons fait ce que nous avons pu pour intercéder en faveur de ne pas procéder à des exclusions. (Je ne peux donc pas relater les deux derniers jours de l’édition 2008 des UEEH auxquels je n’ai pas assisté, mais il m’a été rapporté que celles que je surnomme « les intégristes » se sont publiquement félicitées de cette victoire politique mais que en revanche, d’autres filles se sont exprimées pour dire qu’elles n’avaient pas pu s’exprimer la veille (notamment pour dire que l’exclusion n’était pas nécessairement leur désir), parce que les féministes radicaux-radicales leur mettaient une telle pression qu’il leur était difficile d’émettre une opinion contradictoire).
Je n’ai pas assisté à la lecture de la lettre qui a valu que le CA se prononce non seulement en faveur de l’exclusion des présumés agresseurs mais aussi des personnes en accord avec l’intervention, donc je ne me prononcerai pas sur le fond. En revanche, si le CA excluait toutes les personnes ayant des propos sexistes, il devrait commencer par exclure une bonne partie de lui-même.
Pour répondre partiellement à une question précedemment posée : je fais partie d’une quinzaine de personnes que je connais qui sommes partis avant la date prévue, écoeuré-e-s par l’attitude de l’AG et du CA.
UEEH bénévoles
Pour que les UEEH ne soient pas un centre hôtelier consumériste pour les un-e-s et une corvée pour les autres, chaque participant-e est invité-e à s’inscrire aux tâches collectives ; je considère que ce principe est excellent. Cela a plutôt bien fonctionné, il reste quelques améliorations pratiques à apporter. En revanche il faut être patient, car tout semble à réinventer chaque année.
A chaque étage de la résidence universitaire: une cuisine. Celle-ci permet soit de manger dans son coin, soit de collectiviser : partage des tâches entre courses, préparation nettoyage… une magnifique expérience de partage, d’apprentissage à s’adapter aux modes de vie des autres, une convivialité fantastique, un mode idéal pour rencontrer des personnes sympathiques et différentes les unes des autres… Cerise sur le gâteau : Facilité d’accès à l’achat groupé de produits bio. Ainsi qu’un bar qui a proposé des jus de fruits bio délicieux à chaque soirée.
Toutefois les organisations étaient très différentes d’un étage à l’autre, et après avoir « crevé de faim » dans une cuisine ou on cuisinait pour le nombre d’inscrit, mais le double s’en rajoutait au dernier moment, j’en ai trouvé une davantage rationnelle à mon goût. Conclusion : il y a moyen de trouver son bonheur alimentaire aux UEEH !
UEEH mi fermées, mi ouvertes
Ouvert : toute personne se déclarant désargentée a pu bénéficier d’un tarif sympathique (plancher : 20 € les 12 jours, logé (et nourri à peu de frais à condition de trouver une équipe de cuisine solidaire qui demande une participation libre aux frais de courses)). (Pour comparaison : un peu moins de 200 € le logement et l’inscription, en tarif standard, hors nourriture (6 € par jour en moyenne en cuisine solidaire), davantage de 200 € encore si la personne désire faire un don pour équilibrer le budget global).
Chaque année un colloque, entrée libre (donc ouvert sur la ville de Marseille), a lieu. (Je ne puis le raconter faute d’y avoir assisté). Ensuite a eu lieu une manifestation revendicative, en ville.
Mais l’Inscription étant annuelle : pas de formule à la journée, cela a freiné certaines personnes (des habitant-e-s de Marseille, par exemple, qui devaient payer 40€, en tarif normal, pour assister à un seul atelier). Cela obéit à une logique qui se justifie : les UEEH sont sur une semaine, il n’y a pas d’intérêt à laisser venir quelqu’un-e juste deux heures : ça ne lui permet pas de s’immerger, de participer pleinement, ça n’a pas trop de sens (et ça a même l’avantage d’éviter que certain-e-s s’inscrivent juste pour participer aux soirées musicales (une discothèque où le bar serait bon marché) sans s’inscrire dans le projet global.
Pas de panneau d’accueil pendant plusieurs jours : qui arrivait là par oui dire ou par hasard, repartait bredouille s’il ou elle n’avait pas la chance d’arriver au moment ou qulequ’un-e qui passait par là pour le ou la renseigner.
Comment en est-on arrivé là?
En 2002/2003 (j’ai un doute sur l’année), les précédents organisateurs des UEEH se sont retirés au profit d’une organisation davantage collective. La culture politique requise pour participer activement aux UEEH est devenue de plus en plus exigeante. Les effectifs ont fondu pour passer de 600 participant-e-s à 300 en 2008. Une hypothèse est que les participant-e-s ayant un positionnement politique radical résistent peut-être mieux à cette nouvelle donne : d’où une réduction d’effectif a été conjointe à une concentration de personnes positionnées radicalement en politique.
Conclusion : quel avenir pour les UEEH ?
- des UEEH avec toujours davantage de personnes politiquement extrêmes au mètre carré.
- Que quelques personnes parmi les radicales, donc parmi celles ayant une aura sur les autres, se rendent compte que leur repli communautaire ne leur apporte pas la diversité souhaitée, ou songent à être moins agressif-ve-s, et finissent par faire évoluer la mentalité des autres, de sorte que sans renverser quiconque, sans violence, la diversité revienne peu à peu, que l’on retrouve une ambiance davantage sereine.
- d’autres hypothèses, probablement encore…
J'ai mélangé récit et opinion, car c'est humain : on réagit à ce que l'on ressent.
Je n'espère ni louanges ni blâme, et reste ouvert à l'idée que certain-e-s auront vécu les événements de façon similaire et d'autres ne se retrouveront pas du tout dans mon récit...
Que vous soyez en accord ou en réaction, je vous souhaite à tou-te-s une excellente fin d'été, et une année épanouie, en attendant de nous retrouver pour construire ensemble des UEEH où il fasse bon vivre sans léser quiconque.